samedi 1 mai 2010

Apprends à oublier

J'ai arrêté de croire en la vie, le jour où j'ai commencé à croire au destin. Le destin nous tue, nous montre le bout du chemin, sans trop savoir comment ni pourquoi. Il nous assome, nous traîne jusqu'au bord du précipice. Essouflés, blessés, salis, trahis nous finissons notre ascension. On attends patiemment de se laisser hâper par l'appel du vide, et tomber. Tomber. Nous tombons, nous ne savons pas combien de temps durera la chute. Quelle importance ? Après tout, nous sommes déjà morts. La mort, c'est le sens de la vie.
Souvent, les gens se posent la question de ce qui différencie le hasard du destin. La réponse est simple. Le hasard est pour les optimistes, le destin, c'est pour les autres. Le hasard aveugle et minimalise les faits, le destin est franc, nous l'avons décidé, nous sommes maître de notre destinée.

C'est donc ici que le destin nous emmène ? Dans un espace vide, sans odeurs, sans couleurs, sans bruits, et sans toi. Le seul bruit que j'entends est la cadence de mon coeur qui bat la mesure, qui te cherche, sans te retrouver.

J'ai peur de te haïr. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Oui, c'est ça... Un an. Un an, toute seule. Ça fait mal, mais je me soigne. Les murs sont blancs, ça crie de partout, surtout la nuit. Les infirmières accourent toutes, font une légère pression sur je ne sais quoi. Puis ensuite, tout redevient calme, et alors là, rien ne peut m'empêcher de dormir. Pourtant je n'y arrive pas. C'est ce silence qui me perce les tympans. Je ne le supporte plus, ce silence... Alors, à mon tour, je me mets à crier ! Je crie. Je crie. Je me débat. Non, vous n'aurez pas ma peau !!!
Je ne suis pas folle. Je refuse d'admettre cette idée. C'est faux, complètement faux. Dites-leur que je ne suis pas folle. Papa, maman, vous n'allez tout de même pas me laisser là ? Non, pas vous ! Ne m'abandonnez pas... « Il le faut, c'est pour ton bien... »
Un « au revoir » qui sonne pourtant comme un « adieu ». Les larmes de ma mère. L'indifférence de mon père. L'indignation de ma soeur. La compassion de mon frère. Et l'oubli des uns, puis l'oubli des autres. Le docteur a dit que c'était provisoire. Deux, trois mois, pas plus. Cinq mois que je suis ici enfermée. Sans personne à qui parler. Sans personne qui semble paraître normal. Je ne suis pas normale non plus. Il paraît.

Je t'attends, tout les jours, au même endroit. Tu n'es jamais venu. Je t'avais pourtant expliqué où je me trouvais, que tu n'avais rien à craindre. Vingt-deux lettres auxquelles je n'ai reçu aucune réponse. J'aimerais que tu te pointes au centre, que tu leur prouves que je ne suis pas folle. Une simple apparition, rien de plus. Ça fait trop longtemps. Je n'en peux plus. Je craque.

Douze longs mois de vide qui ne sont pas sans séquelles. As-tu peur de voir qui je suis devenue ? As-tu peur de voir ma pauvre carcasse qui se traîne dans une chambre poussièreuse de vieux souvenirs ? J'ai mal à la tête. Tout les souvenirs défilent. Ça cogne. Ça remue. Arrêtez cette machine infernale ! Nom de Dieu !!!

« Bienvenue ». J'ai gravi les quelques marches qui menait à cet homme. Dieu ou un autre, qu'importe son nom, c'est lui le guide. Puis un peu plus loin, j'ai apperçu une silhouette. Familière. C'est toi ? C'est toi ? C'est toi ? Réponds-moi... Sans aucun doute. C'était toi. Un an que je t'attends ! Je comprends mieux. Mes lettres... Mes lettres... Et aucune réponse ! C'est parce que tu étais ici !!!
Dis quelque chose ! Allez, quoi ! Pourquoi tu ne veux pas me parler ? Regardes-moi quand même, c'est la moindre des choses !
A cet instant, je compris qu'une fois arrivée au paradis, mon enfer allait continuer... C'est fini, je n'ai plus la force d'affronter ton ignorance.
Bravo, tu as gagné. Tu m'as tué.

Achèves-moi encore une fois Destinée : je ne suis qu'une simple fille rencontrée par hasard.

dimanche 21 février 2010

Un...
Tu respires un grand coup.
Deux...
Tu respires un grand coup, tout en penchant la tête en arrière.
Trois...
Ta tête est penchée en arrière, tes yeux se ferment doucement.
Quatre...
Les yeux fermés, tu crois que tu es morte.
Cinq...
Les morts ne respirent plus, tu respires toujours, il doit y avoir un problème.
Six...
Ta tête fini entre tes mains.
Sept...
Tu pleures.
Huit...
Tu continues du pleurer, tu ne t'arrêtes plus.
Neuf...
Tu cherches une solution.
Dix...
Il n'y a pas de solution.
Onze...
Tu te mets à rire.
Douze...
Tu ris, de plus en plus fort.
Treize...
Tu te ressers un verre.
Quatorze...
Les verres ne font plus d'effet, tu prends la bouteille.
Quinze...
Tu vas danser.
Seize...
Tu essayes de prouver que tu es heureuse.
Dix-sept...
Quelqu'un vient t'aborder.
Dix-huit...
Tu acceptes le comprimé qu'il te propose, c'est juste pour essayer.
Dix-neuf...
Au bout d'un moment, tu ne ris plus.
Vingt...
Tu t'enfuis, une voiture ne te voit pas.
Vingt-et-un...
Tu viens de perdre 21 grammes.

Les ambulances arrivent, on appelle tes parents. Tu voulais donner tes organes : mais il n'y a plus rien à donner. On appelle les pompes funèbres. Ta famille et tes amis sont conviés à la cérémonie. On pleure en silence. Une poignet de terre & après ça, on oublie !